Vendredi 10 juin 2011 5 10 /06 /Juin /2011 01:23

En fait, se concrétiser, ce n'est pas si grave, quand on y pense. Réfléchissons ensemble à la phrase « n'importe qui aurait pu être n'importe quoi ». Le tout est peut-être le degré de dédain de soi, le degré de jetage dans la vie, le degré de ressenti de d'expérience. Se laisser traverser tout l'être par l'expérience, peu importe la voie, peu importe le moyen, tous sont l'expression de l'humain, de l'humain à tous les degrés. Alors quoi ? Celui-là aurait pu composer ? Et celui-là écrire ? Oui. Et lui, pourquoi ne fait-il pas de mathématiques ? Comme ça. C'était l'usage, auparavant, tout faire. Mais ces domaines ont grandi, sont devenus si vastes qu'il a été de plus en plus difficle de s'en approcher, si vastes qu'ils pouvaient embrasser des âmes toutes entières. Alors il fallut se décider, se déteminer. Mais somme toute, cela n'est pas grand chose. La grande chose est de se jeter en avant, n'importe où. « Si j'avais croisé un piano, j'aurais sûrement été pianiste et non harpiste. » : certainement. Qu'importe ?
Seulement, l'état éthéré de l'êre qui ne se réalise pas ne peut amener qu'une croissante peine. Apparaître, se concrétiser, c'est aussi se dégager du vide de l'existence, c'est se libérer de la lente dispersion de son esprit. Nul beoin de passer sa vie à tenter d'en retenir les rubans filant au vent, il suffit de le nourrir. Et il existe tant de manières capables de procurer la même satiété, le même étourdissement perpétuel, tant de manières d'exister. Choisir ici n'est pas choisir, mais simplement vivre.

Par Flightless
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Mercredi 8 juin 2011 3 08 /06 /Juin /2011 07:30

Je suis en forme de mouton.

Démystifier. Voilà.

 

Tout ce que j'ai fait, c'était faux. Tout.

 

Faire des articles drôles, c'était faux, tellement faux. Ça ne méritait que des crachats. Faire semblant de jouer avec le texte, avec les mots, ça ne m'amusait pas. Je ne le faisais que pour être lu, parce que j'étais seul, parce qu'il n'y avait personne pour me dire que ce que je faisais était bien. Parce que je voulais quelque chose de la certitude, quelque chose de l'extérieur qui me fasse croire que j'avais un avenir quelque part. Alors j'ai fait ça. J'avais dû lire Desproges et Pratchett, le soir où j'ai commencé, mais je crois surtout que j'avais lu Hercoüet. Et puis je m'y suis habitué, à faire ce genre de choses. Mais jamais je n'ai été sincère.

Et les loutres, cette manie des loutres, c'était la même chose. Un hasard complet. Cela aurait pu être un chat ou un castor, peu importe. La loutre, je m'en fous, sincèrement. Ça ne m'intéresse même pas. Je ne connais pas cet animal, pas du tout, et jamais je ne suis allé chercher quoi que ce soit sur lui. C'est la loutre, mais c'est aussi toute cette absurdité, toutes ces petites drôleries feintes et mignonnes, que je m'efforçais de rendre agréables parce que je voulais qu'elles le soient. Je voulais que quelqu'un lise et aime lire ce qu'il lisait. En cela j'ai été sincère, mais pas en ce que j'ai écrit. Ni dans ces lamentations mal construites qui tombaient de temps à autres de mon cerveau sur le papier. Je me sentais ridicule à chaque fois que je regardais en arrière.

 

Voilà, je ne suis pas fou à l'intérieur. Toutes ces phrases alambiquées qui se pavanaient à s'entortiller en un inextricable fouillis, et qui se targuaient de garder une logique exacte, ces phrases, n'étaient pas moi. Je me sentais les faire et me haïssais pour cette hypocrisie que je laissais franchir les frontières du réel. Je ne suis pas fou, je ne suis même pas différent, pas même un peu excentrique. Si j'ai pu le paraître parfois, c'est parce que je ne sais pas, je suis en-dessous de tout, je ne sais pas vivre. Si j'apparais tout cela à tour de rôle, odieux, lointain, désagréable, étrange, intriguant, timide, gentil, arrogant, c'est parce que je ne sais comment paraître, parce qu'il n'y a rien en moi de l'ordre du paraître. Je ne puis accorder un intérieur chaotique avec une manifestation réelle de mon être. Aussi j'apparais ainsi que les expériences m'ont appris à paraître, sans aucun contrôle, de manière aléatoire, différent à chacun. Et chacune de ces apparitions, chacun de ces articles, me remplissait de haine à l'égard de ce que je considérais comme une pure hypocrisie. La savoir involontaire et incontrôlée ne me rendait que plus malade de la voir exister sous mes yeux en toute impunité.

Alors voilà, je n'ai jamais été heureux. Je voudrais paraphraser, le respect m'en empêche, et puis je n'en suis pas certain. Je ne suis pas encore tout à fait certain que mon âme soit naturellement poussée à rechercher le bonheur. Mon être m'apparaît aujourd'hui comme un importun qui s'est installé comme s'il était chez lui, et qu'il convient de chasser avant de pouvoir enfin ressentir ce sentiment d'être en soi, enfin présent à soi-même, débarrassé de cet intrus.

 

Voilà de quoi je suis rongé, de l'indicible que j'appelle moi, de manière arbitraire, que je nomme afin de pouvoir croire connaître un peu, que je nomme afin de pouvoir détester, que je déteste peut-être afin de ressentir, et de n'avoir point à le chasser pour m'élever au-dessus de lui, que je déteste peut-être pour éviter l'effort de l'âme qui consisterait à se tirer hors de ses miasmes. J'en suis dévoré, c'est sans espoir que je me jette en avant dans la connaissance, mais l'espoir est autre et m'emplit en permanence, celui de l'ailleurs. C'est le sentiment qu'il existe un ailleurs auquel il m'est permis d'accéder un jour, auquel je suis voué à accéder, un ailleurs où je trouverai ce qui ressemble à l'être qui en moi subit l'invasion de l'intrus et se recroqueville. J'ai le sentiment qu'il attend son heure, et qu'il surgira pour enfin m'emplir et m'offrir ce à quoi j'aspire depuis que j'ai en moi la conscience d'être : l'harmonie, entre ce qui est moi et ce que je fais, ce que je pense, ce que je réalise et ce qui me définit. Une harmonie par la fusion, le regroupement de ces choses en une qui ne pourra plus être définie comme un être, ce statut duquel je tente vainement de m'affranchir et qui me cloue au sol.

Et alors que j'ai le sentiment de ne faire qu'attendre, je sais pourtant que se mène un combat incessant dans les sphères que je connais, et dans celles que je connais pas, entre l'être du passé, l'être enchaîné qui lutte et défend sa survie, et l'être lumineux qui sans relâche s'échine à le chasser hors de terres qui ne sont plus destinées à l'accueillir.

 

J'ai le fort sentiment de m'égarer, la fatigue sans doute, peut-être aussi cette étrange sensation de lourdeur et de légèreté à la fois, où les sens se révèlent autres et modifient le monde, cet état entre éveil et songe qui révèle une autre réalité. Cet état où l'écoute est image, où le toucher devient une sensation formidable, où l'œil rêve, précis et vague à la fois, saisissant tout en un geste de profonde absence.

 

Je salue du fond du cœur (profitons tant qu'il se montre au grand jour) celui ou celle qui aura eu le courage de venir jusque ici, et je le ou la prie de ne pas accorder plus que de raison d'importance à cet article : la plaisanterie initiale s'est tournée en un affreux débit de semi-conscience pavé d'intentions parasites, de formules étrangères et d'idées vieillissantes. Et de toutes les phrases, cette dernière est peut-être la plus juste d'entre elles.

 

Bonne soirée, je retourne là où je me sais inaccessible, même à moi-même, surtout à moi-même.

Par Flightless
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Mardi 7 juin 2011 2 07 /06 /Juin /2011 20:13

Je ne me sens pas à la hauteur de moi-même. Je suis quelque chose qui me dépasse et que je ne comprends pas, qui me regarde avec espoir, espérant que je m'élèverai jusqu'à lui. Je perçois dans ses yeux un air un peu triste et déçu, alors je voudrais tant me hisser à lui, et tout le temps que je passe à le regarder m'ôte peu à peu l'espoir de le connaître. C'est un peu quelque chose de drôle, l'escalade, je suppose que l'escaladeur ne passe pas son temps l'œil rivé au sommet, se désolant qu'il paraisse si loin. Hé ! Ne crois-tu pas, toi qui écris, que je ne sais pas que tu te lamentes comme une merde et que ces lamentations te conviennent tout à fait ? Si cela ne te convenait pas, tu aurais essayé autre chose, n'est-ce pas ? Tu l'aurais franchi, ce cap de la volonté qui l'aurait laissée prendre le contrôle de ton être ? Mais non, ce que tu préfères, c'est contempler les hauteurs en t'imaginant trôner sur elles. Jamais tu n'as vraiment souhaité t'élever, n'est-ce pas ? Jamais les états de ton âme où tu t'es senti autre, vaste et multiple, n'ont suffi à te convaincre que tout valait mieux que tes incessants geignements. Tu verras, ça te tombera sur la gueule, et tu ne seras pas prêt, et les gens autour enfin commenceront à comprendre. Car pour l'instant, tu mens, n'est-ce pas ? Tu passes ton temps à paraître plein de potentiel et de volonté aux yeux de ceux que tu croises, tu masques ta faiblesse et ta crasse derrière ce masque d'ivoire éclatante. Bientôt, tu vas devoir le laisser tomber, ce joli masque, parce que les gens commenceront à poser des questions sur le visage qu'il abrite. Et tu pourras plus mentir. Là, t'auras intérêt à t'être fait à l'idée de grimper. Sinon, le jour où le besoin d'escalade deviendra irrépréssible, yaura plus personne pour te montrer des prises. Et plus de corde de rappel. Tu tombes, tu t'écrases comme une merde. C'est ton destin, vieux con.

Par Flightless
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Mardi 7 juin 2011 2 07 /06 /Juin /2011 17:20

Je voudrais te dire, Shague, tant de choses, et le temps me paraît si court. Je voudrais louer ta grâce, ta fureur, ton ardeur éternelle à vivre et à se laisser mourir, tes tristesses maladroites et tes élans de cœur. Ce n'est qu'avec la sincérité des pauvres que je puis t'adresser ce poème aveugle.

Sachez tous, enfants de catins, quelle a été la triste histoire de Shague. Comment, déjà enfant, il chantait le désespoir avec la déchirure brisée d'une âme voué à la douleur du monde. Comment il couvrit sa chambre de poèmes tristes et beaux, puis se recroquevilla des jours durant quand fut achevée sa cruelle tâche. Comment il fut ravagé, dès cinq ans, par la douce mélancolie aux accents de gloires passées, souvenir invisible du passé des hommes. Comment il perdit son âme au cœur du pays des ombres en explorant l'infini, comment il revint chargé des pleurs de milliers de martyrs. Comment il grandit chargé de l'affreuse conscience de l'immensité des malheurs sublimes.

La suite avec ton chien. 

Par Flightless
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Dimanche 5 juin 2011 7 05 /06 /Juin /2011 03:34

lol

Un jour, j'ai demandé conseil à une pute. Elle m'a regardé avec son œil torve et sa jambe de bois avant de me lancer un crachat à la gueule entre ses dents rongées de moisissures. Ensuite on est montés ; elle était hideuse, partout, des plaques de crasse et de chair purulente lui couvraient le corps et entre ses seins pendants brillaient les effluves poisseuses de la décomposition. J'ai senti ses dents dégueulasses frotter sur mon sexe tandis qu'elle s'occupait de moi. Puis elle m'a regardé encore, des coulées de pus au coin des yeux, un rictus qui déformait son visage déjà craquelé avec des crevasses qui laissaient entrevoir des colonies de vers gras et blancs. Alors elle a lâché un borborygme rauque et grincant avant de se retourner en me laissant seul au milieu de l'immeuble en ruines.

 

Mais moi, tout ce que je voulais connaître, c'était un conseil sur la vie. Je savais pas ce que c'était, vivre, je l'ai jamais su. Je l'ai jamais connue personnellement, la vie, cette salope. Tout le monde en parle, tout le monde la cherche, et elle, elle se cache. Ceux qui prétendent l'avoir trouvé mentent. On n'a pas envie de parler d'un truc dont on fait l'expérience. On ne parle que ce qu'on voudrait connaître. Alors on parle de la passion, des passions, de la vie, du talent, du pouvoir, de l'amour, de toutes ces merdes. Que l'on me montre le type qui vit tout ça et qui en fait un putain de bouquin, je changerais peut-être d'avis. D'ici là, je sais qu'aspirer à ce qu'on n'est pas, c'est le seul truc qui nous maintienne en vie. Sinon, on crève, on s'éteint, comme une chandelle qui n'a plus rien à brûler. Alors c'est ça le bonheur ? Aspirer à ce qui est autre ? Toute sa vie ? Et en parler ? Personne n'en parle mieux que ceux qui croient l'approcher tout en croyant être conscients de ce qu'il y a d'inaccessible dans leurs espoirs. Bande de cons.

 

Je retourne écrire sur les pavés avec mon frère, la Mort, tu connais ? Voilà.

Par Flightless
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